« 5 minutes avec » Scarecrow

Scarecrow ne mâche pas ses mots. Scarecrow construit sa réputation à la force du show. Un quatuor toulousain qui sillonne les routes de France et s’envole souvent pour délivrer son blues hip-hop implacable.

Voyage entre un blues années 20/30 et un hip-hop old school, mélange audacieux qui groove et sonne grave.

Attache ta ceinture, j’ai eu les 4 gars face à moi pour un « 5 minutes avec » avant leur gig au Métronum à Toulouse…

- Scarecrow, comment tout ça a démarré ?

Slim Paul (guitare chant)

« Tout ça a démarré il y a 5-6 ans. Il y a eu d’abord la rencontre entre Antibiotik et moi sur les quais de Garonne à la Daurade à Toulouse, un endroit où les jeunes gens sortent le soir avec leurs instruments, leur pack de bières. On s’est rencontré à ce moment-là. On a boeuffé, sympathisé, il y a eu un vrai coup de foudre musical. Antibiotik vient de l’univers hip-hop et moi du blues. Ensuite il y a eu la rencontre avec Jamo (basse) sur une scène ouverte à Toulouse. Jamo est à la base batteur issu de la même formation que Lorenzo (batterie) « Le Pap’s ». Toutes ces rencontres ont fait qu’on a eu envie de construire un projet commun autour de l’univers d’Antibiotik et du mien pour créer le blues hip-hop ».

- Pourquoi ce mélange blues et hip-hop?

Antibiotik (MC, scratchs)

« L’idée de fusion vient de notre rencontre. On s’est vite rendu compte que c’était vachement bien et que ça marchait. On a mis en exergue les points communs de ces deux cultures, les différences et petit à petit on a réalisé que ce sont deux cultures qui se ressemblent beaucoup, qui viennent du même terreau socioculturel avec comme base une contestation des oppressions.

Au niveau de la forme musicale, le blues c’est beaucoup de boucles qui reviennent sans cesse, le hip-hop ça vient du sample, de la loop, de l’échantillon qui revient dans les morceaux. Tous ces points communs nous ont fait dire qu’il y avait quelque chose à faire en faisant du nouveau avec de l’ancien ; et mettre un grand coup de dépoussiérant sur le blues et l’air de rien sur le hip-hop aussi. En France, le rap français s’est enfermé dans un style très electro avec vocodeur, peu de textes ou des textes assez bas de gamme. Nous, on veut que ça groove, plus proche du hip-hop old school des années 90 qui nous a fait rêvé et nous a ému quand on était plus jeunes. »

- Et vous dites quoi à ceux qui vous disent que le blues c’est ringard?

Slim Paul :

« Y a beaucoup de groupes en fait qui font du Chicago blues, le blues électrique qui est né dans les années 50 avec Chess Records, Muddy Waters, Howling Wolf. Y a beaucoup de groupes qui continuent à faire ça et donc dans l’inconscient des gens le blues c’est ça. Or le blues c’est pas que ça : y a le blues du Delta qui est  la base de ce blues de Chicago, Robert Johnson, Son House, Skip James, Blind Willie Jonhson, …je leur dirai d’écouter ces gens-là avant de dire que le blues c’est ringard. »

Jamo (basse) :

« Y en a aussi qui pensent que le blues c’est ringard parce qu’on a tous été dans des scènes ouvertes, dans des jams, et ça joue très souvent blues parce que la grille blues chaque musicien la connaît peu importe son niveau et malheureusement y a aussi de ça. Peu importe ton niveau à la guitare, basse ou batterie, tu sais à peu près ce que c’est qu’un morceau de blues.

Du coup, tout le monde en joue et pas forcément bien. C’est bien sûr pas dramatique, il faut tous les niveaux et on peut pas être bon du jour au lendemain mais du coup les gens ont aussi cette idée là dans le sens où c’est une musique qui a été joué de beaucoup de manières différentes et pas forcément des bonnes, parfois massacrée, violée même désolé pour l’expression. Y en a donc qui se sont dit :  » Le blues en fait c’est ça, c’est pas super bien, ça me plaît pas ». »

- Vous avez fait quelques dates aux Etats-Unis et quand vous vous êtes confrontés à ce public, comment ça s’est passé?

Antibiotik :

« On a beaucoup stressé, on s’est dit : « des petits frenchies qui débarquent et qui défoncent leur culture » et en fait on a été très très bien reçus. On a été agréablement surpris par l’enthousiasme et l’engouement qu’il y a eu autour de notre projet. Y a pas mal de ricains qui sont venus nous voir en nous disant « on n’en entend pas des mecs qui jouent du blues comme ça et des mecs qui rappent comme ça ». Ils ont été contents d’une part parce qu’on apportait un vent de fraîcheur dans ces deux musiques et d’autre part par le concept de notre blues hip-hop qui va même au-delà du blues et du hip-hop.

Je pense à Lorenzo qui vient du métal, du jazz, Jamo vient de l’affro, du côté black de la musique. On a des influences qui vont bien au-delà de ces deux styles de musique . Ce serait réducteur de dire qu’on écoute et qu’on fait que du blues et du hip-hop. On essaie d’aller plus loin, y a du groove, y a un petit côté années 70, y a plein de choses dans notre musique et je pense que ça les a agréablement surpris de voir des petits blancs-becs débarquer et faire ça avec les tripes, à l’ancienne.

Ils ont dû aussi capter qu’il y a énormément de feeling dans notre groupe, qu’on est là pour tout donner, sans calcul, pour rester naturel et vivre notre musique à fond, donner de l’émotion au gens. »

Jamo :

« Ils ont aimé la French Touch. Comme on l’a dit, les origines de notre musique viennent de là-bas, ils ont cette culture là dans le sang. On a été vraiment surpris par l’écoute, la qualité du retour, qu’ils tapent sur 2 et 4 de manière spontanée. Ce qui est revenu aussi c’est qu’on fait du blues hip-hop à notre sauce avec notre culture aussi et c’est ressorti : the french touch! »

- Vous avez vraiment conquis petit à petit votre public par le live, les concerts en sillonnant les routes et les airs contrairement à d’autres qui miseront plus sur une sortie d’album rapide et super produit pour que ça marche le plus vite possible. Pourquoi ce choix?

Antibiotik :

« On a commencé par la scène, au « Jour de Fête » à Toulouse, un petit bar crêperie où Paul était résident. Il nous a invités et c’est comme ça que le groupe s’est monté. Et puis tu sais, pour faire des albums, devenir une « star », faut être signé, marketé, mis sous-vide quelque part. On est pas dans cette démarche là.

On veut faire de la musique comme on en a toujours fait. On essaie d’abord d’avoir des étoiles dans les yeux pour essayer de faire passer le truc aux gens. C’est pour ça que pour le moment on n’a pas fait d’albums et qu’on n’a pas envie de signer dans un gros truc parce qu’on sait aussi qu’on n’aura pas les armes pour pouvoir imposer notre vision des choses. On veut faire ça à l’ancienne parce que c’est ce qui nous touche et s’il faut être underground ou indépendant pour faire ça on restera underground ou indépendant. »

Jamo :

« Et c’est là aussi qu’on prend notre pied. La scène c’est un travail à part entière, ça fait des années qu’on fait ça. On se fait encore défoncer par des groupes, qui arrivent à nous mettre des roustes dans la tête en live.

On a découvert cet été les « Delta Saints », un groupe de Nashville qui nous ont mis une marée. Ils sont jeunes, cools, font de la bonne musique et en plus sur scène ça transpire le plaisir. Ils sont pas signés dans un gros label, tournent à travers le monde, se prennent pas la tête. Nous, on vit pour ça, donner des claques aux gens en live et en prendre aussi quand on va sur des festivals.

Et je préfère être un groupe caractérisé de bon groupe de live plutôt que de bon groupe de studio. Si tu sais bien t’entourer être un bon groupe de studio ça peut être très facile par contre le riff tu peux pas tricher. Tu montes sur scène, si tu sais pas jouer t’aura beau mettre tous les déguisement que tu veux tu seras quand même une chèvre. »

- On a rapidement parlé de vos influences musicales. A part ça, qu’est ce qui vous porte au quotidien?

Antibiotik :

« Il y a plein de choses ; ce qu’on peut lire, ce qu’on peut voir au cinéma, ce qu’on peut créer. Y beaucoup de choses aussi qui viennent de notre entourage proche, notre famille, nos amis. La musique c’est un tout, ça se crée par rapport à tout l’univers dans lequel tu baignes. Peut-être que oui si j’avais été pété de thunes j’aurai fait l’ENA et j’aurai fini au Ministère du budget, ce serait exceptionnel…j’aurai une vie parfaite…blague à part, tout nous influence…ça peut même être le petit groupe du coin qu’on va croiser un soir qui va nous faire du bien.  C’est comme la cuisine tu y mets toute ta vie… »

- Et qu’est ce que vous nous préparez pour la suite?

Antibiotik :

« De bons petits plats bien de chez nous… »

Slim Paul :

« On travaille sur un maxi. On a sorti en mars dernier un maxi qui s’appelle « The Well » avec un concept un peu particulier, il est uniquement en format vinyle et sur internet. Y a peu de titres et on a mis quelques instrus, des a capellas pour  que nos amis DJs puissent s’amuser un peu. Et là, on sort un numéro 2 dans le même délire avant de rentrer en studio l’année prochaine pour préparer un bon Album avec un grand A. Je veux pas m’avancer sur une quelconque date de sortie mais c’est notre gros projet pour 2015 avec aussi une grosse tournée, plus grosse que celle de cette année. »

- Pour conclure, est-ce qu’il y a un sujet qui vous tient à cœur qu’on a pas abordé?

Jamo :

« Dire aux gens d’aller voir des concerts, surtout à Toulouse en ce moment. C’est un peu morne, on voit des salles de concerts qui s’éteignent, des festivals qui étaient prévus depuis longtemps qui sont annulés, ce genre de choses.

La culture n’est pas le fer de lance de la nouvelle municipalité en place, il faut le savoir. Du coup les artistes locaux ont encore plus besoin de votre soutien parce que sans ça vous allez finir par n’écouter que la soupe qui passe sur les radios mainstream et ça va être  de pire en pire.

Donc si vous vous bougez pas pour aller découvrir des groupes et les faire découvrir à des potes, donner 5 euros pour que trois groupes jouent et partager une bière avec eux, ça ne présage rien de vraiment très très bon.

Donc allez voir des concerts… »

Pour les suivre et en savoir plus :

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